L'art de s'alléger

Au-delà-du-rangement

Au-delà du rangement

Aujourd’hui, parlons désencombrement.

Lorsque j’échange avec les personnes autour de moi sur mon métier, je me rends compte à quel point il existe des incompréhensions sur ce qu’est un home organiser et sur notre véritable mission. Même le terme désencombrement est souvent mal interprété.

Beaucoup pensent qu’il s’agit simplement de rangement, d’une manière plus optimisée de stocker les objets en les déplaçant ailleurs, dans des meubles plus adaptés ou plus spacieux. D’autres nous confondons avec des aides ménagères, des architectes d’intérieur, des décorateurs ou encore des spécialistes du home staging . Pourtant, notre rôle est bien différent : nous ne faisons pas du feng shui , nous ne réaménageons pas un espace… nous le vidons en première intention.

« Mettre le bon contenu dans le bon contenant, au bon emplacement, n’est possible que si le contenu a été trié au préalable ! » – Élodie Wery

Et je sais que ce mot peut faire peur. Vider . Rassurez-vous, nous allons justement parler de ces craintes un peu plus bas. Mais avant tout, il est important de comprendre une chose essentielle :

« Le désordre ne se range pas, il s’élimine. » – Élodie Wery

Pourquoi le mot « désencombrer » fait peur ?

Désencombrer n’est pas ranger, et c’est une idée qui peut déstabiliser. Nous ne sommes pas là pour vous aider à « mieux ranger le bazar », nous accompagnons nos clients dans un processus de tri par le vide. Cette approche suscite parfois des craintes.

Certaines personnes s’imaginent que nous débarquons avec une énorme benne devant leur maison pour tout jeter sans discernement. Cette idée vient peut-être d’émissions comme celles où l’on vide entièrement la maison de personnes atteintes du syndrome de Diogène, sans réelle considération pour leurs biens. Ou encore, elles pensent que nous décidons nous-mêmes de ce qui doit partir ou rester, comme s’il existait une catégorie de « bons » ou « mauvais » objets.

J’ai moi-même fait cette erreur lors de ma toute première mission. J’avais mis l’accent sur les objets « utiles », ce qui a conduit ma cliente à croire que seuls ces objets avaient leur place chez elle. Ce n’était bien sûr pas mon intention, mais mon manque d’expérience a généré ce malentendu.

Désencombrer, c’est donner de la valeur à ce qui compte vraiment

Nous ne sommes pas là pour vous déposséder de vos biens précieux, bien au contraire ! Trop souvent, ces objets chéris sont ensevelis sous une montagne d’autres objets, cachés au fond d’un placard, perdus au fond d’un sac, oubliés… Désencombrer, c’est leur redonner une place de choix dans votre maison.

D’ailleurs, un signe révélateur d’un trop-plein d’objets est la surprise des propriétaires eux-mêmes lorsqu’ils redécouvrent certaines affaires :
— « Ah, c’était là ? Je le cherchais depuis des années ! »
— « C’est à moi, ça ? Mais qu’est-ce que ça fait ici ? »

Nos objets débordent, se déplacent sans cesse, et finissent par se perdre dans le chaos. Il devient alors impossible de savoir exactement ce que l’on possède et où cela se trouve. C’est précisément pour éviter cela que le désencombrement est essentiel : il ne s’agit pas de jeter pour jeter, mais de faire de la place.

Nos objets nous définissent-ils ?

Nous nous identifions à nos objets. Ils racontent une histoire sur nous, ou du moins sur l’image que nous voulons projeter. L’idée que l’on se fait de moi est différente si je porte un tailleur ou un jogging. Dans le premier cas, on pourrait penser que je suis élégant, que je travaille pour une grande entreprise ou que je suis du genre à me faire remarquer. Dans le deuxième cas, que je suis sportif, négligé ou que je me cache. Tout dépend de chacun, nous n’avons pas les mêmes filtres en fonction de l’environnement dans lequel nous avons grandi.

Pour ma part, l’objet par excellence auquel je m’identifie est le livre. J’adore les livres. Mon rêve était d’avoir la bibliothèque de la Bête dans La Belle et la Bête . Petite aparté : je parlais de projection et de filtre. Belle, en voyant cette bibliothèque, a sûrement vu la connaissance et la liberté que ce savoir pouvait lui offrir, en tant que femme de son époque. Pour la Bête, c’était probablement un témoignage de son immense fortune, compte tenu du prix des livres à l’époque.

Ce rêve m’a quitté le jour où je me suis rendu compte qu’il faudrait au moins mille vies de lecture continue pour en venir à bout. Pendant longtemps, ma bibliothèque contenait une multitude d’ouvrages sur la santé, la diététique, l’aromathérapie, le jeûne, les jus, le gluten… Et pourtant, je n’en avais lu qu’une infime partie. Mais ils étaient là pour refléter une image, pour montrer que ces sujets m’intéressaient, que j’avais « une autorité » dessus. Cela entretenait l’illusion que je faisais attention à moi, que j’étais une « vraie femme » et que je maîtrisais le sujet. Aujourd’hui, avec mon hypothyroïdie, mon obésité et mon foie malade, on peut dire que je me suis bien leurrée.

Fabien Olicard parle d’ailleurs d’un biais cognitif intéressant : l’effet de possession du savoir ou l’illusion de connaissance . Le fait d’acheter un livre donne à votre cerveau la sensation de l’avoir lu. Et c’était exactement mon cas. J’avais accumulé des livres par amour du livre, certes, pas nécessairement de la lecture, mais aussi parce que je m’identifiais à eux. Ils faisaient partie de ma personnalité.

M’en séparer fut nécessairement douloureux, je n’ai gardé que les livres que je compte relire un jour. J’ai lever le voile sur l’illusion.

Nos objets parlent de nous en surface, mais ils ne sont ni l’expression de notre singularité, ni de notre beauté intérieure.

L’expérience du « vide » pour mieux se retrouver

Dans une émission télévisée américaine (impossible de retrouver le nom, je l’ai regardée il y a peut-être 8 ans), une expérience radicale était proposée : l’intégralité de la maison des participants était vidée, leurs biens étaient stockés dans un hangar. Ils avaient le droit de garder un petit nombre d’objets et devaient vivre plusieurs jours ainsi. A la fin ils devaient trier l’intégralité de leurs possessions et ne conserver que 30 % de leurs affaires.

Cela rejoint la règle du 80/20 : nous utilisons 80 % du temps seulement 20 % de nos possessions.

Je ne suis pas convaincu par le procédé (c’est de la téléréalité, l’objectif premier est l’audience), un peu comme un régime éclair qui vous fait perdre 10 kg en 15 jours avant une reprise inévitable. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est l’évolution des participants dépossédés de tous leurs biens. Au début, ils étaient complètement déroutés, tristes, puis, petit à petit – les enfants d’abord – ils ont repris goût à la vie, retrouvant des envies et des plaisirs oubliés, des joies simples (rebondir sur un matelas), des relations apaisées… Débarrassés du superflu, ils se reconnectaient à l’essentiel : leur famille, leurs aspirations, leur créativité, eux-mêmes.

Je vous suggère d’aller écouter Laurent Gounelle dans ce TEDx Talk : « Devenir pleinement soi-même«  . C’est lorsque nous n’avons plus rien que nous réalisons qu’il nous reste l’essentiel : la vie.

Prendre conscience des obstacles au désencombrement

Je vous invite maintenant à faire un petit test : prenez un objet au hasard et demandez-vous comment vous vivriez le fait de vous en séparer.

Écoutez les protestations qui s’élèvent en vous :

« Me séparer de cette assiette ? Elle est utile ! Je ne vais pas manger à même la table… »
Mais combien de services avez-vous ? Des petites, des moyennes, des carrées, des transparentes, des fleuries, le service de Noël… Utilisez-vous vraiment tout cela ?multitude collection vaisselle

« Ce vase ? Ma mère me l’a offert, elle le prendrait mal… »
Combien de cadeaux reçus avez-vous accumulés au fil des ans ? Les hideux, les incongrus, les biscornus… ceux que vous n’avez jamais vraiment aimés mais que vous gardez pour faire plaisir ?

« Ces médicaments ? Ils peuvent toujours servir… »
Quelle est leur date d’expiration ? Avez-vous réellement besoin ? S’agit-il d’une maladie chronique ?

« Cette facture ? On ne sait jamais… »
À quand remonte la plus ancienne facture que vous avez conservée ? Etes-vous sûr que l’objet concerné est encore en votre possession ?

Derrière ces résistances se cachent des peurs profondes : peur de manquer, peur d’être jugé, peur de blesser, peur des conséquences, peur de perdre l’amour… Cette petite voix est un indice précieux sur votre relation aux objets, mais aussi sur vos croyances. Comprendre ces mécanismes est essentiel dans un processus de désencombrement, car cela permet de travailler sur les causes profondes de votre attachements aux objets.

Les bienfaits concrets du désencombrement

On peut identifier quatre grandes familles de bienfaits liés au désencombrement : gain de temps, d’énergie, d’espace et d’argent , mais son impact va bien au-delà.

Voici une liste non exhaustive de bienfaits :

  • Un quotidien simplifié

On ne passe plus son temps à chercher ses affaires : « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place! ».

  • Moins d’objets, moins de contraintes

Moins d’objets, c’est aussi moins de choses à laver, à réparer, à ranger… Vous gagnez un temps considérable pour faire autre chose.

  • Moins d’achats, plus d’économies

Une fois engagée dans un processus de désencombrement, l’idée n’est pas de faire marche arrière. Cela implique une réflexion sur vos achats : moins de consommation impulsive, moins d’objets qui envahissent votre espace.

  • Fini les doublons

On rachète souvent des objets que l’on possède déjà, simplement parce qu’on ne sait plus où ils sont ! Chez nous, c’était les coupe-ongles : à force de les perdre, nous en rachetions sans cesse. Une dépense inutile qui aurait pu être évitée avec une meilleure organisation.

  • Moins de stockage, moins de coûts cachés

Accumuler des objets signifie aussi multiplier les solutions pour les entreposer : plus d’armoires, de placards, location d’une cave  ou projet d’agrandissement de la maison. Ce sont des coûts que l’on ne réalise pas toujours immédiatement, mais qui s’accumulent sur le long terme.

  • Un climat familial apaisé

Vivre dans le chaos est épuisant pour tout le monde. Or, la fatigue est rarement une alliée en matière de relations. Imaginez ne plus être la « mémoire de la maison », ne plus entendre constamment : « Tu n’as pas vu mon truc ? Mon machin ? Mon bidule ? » Le désencombrement favorise l’autonomie de chacun et allège la charge mentale.

  • Une meilleure santé

Vivre dans un espace encombré est stressant, et le stress a un impact direct sur le corps et l’esprit. De plus, un intérieur dégagé signifie moins de poussière, moins d’humidité… Vos poumons vous diront merci !

  • Plus d’espace pour vivre pleinement

De la place pour danser, chanter, jouer à des jeux de société, peindre, faire du sport, accueillir vos amis, votre famille… ou même un nouveau bébé.

Le désencombrement, un outil de développement personnel

Le désencombrement va bien au-delà d’un simple rangement. C’est un véritable outil de développement personnel. À travers notre relation aux objets, nous apprenons à mieux nous connaître. Nos résistances révèlent nos peurs et nos traumatismes passés. En mettant en lumière ces blocages, nous avons la possibilité de les déconstruire.

Désencombrer, c’est libérer de l’espace dans nos maisons, mais aussi dans nos vies, pour accueillir ce qui est essentiel.

Et vous, où en êtes-vous dans ce processus ? Comment vous sentez-vous chez vous ? Est-ce un endroit ressource ? Que ressentez-vous à l’idée de vous séparer de vos objets ? Partagez votre expérience en commentaire, je serais ravi de connaître votre parcours et vos réflexions ! 🌱

Ikebana minimalisme

 

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